Publé le: 2 novembre 2026 Rédigé par: Louise Commentaires: 0
Prévoyance des soignants libéraux

Les professionnels de santé libéraux sous-estiment leur prévoyance

Beaucoup de soignants libéraux comparent leur chiffre d’affaires à leurs indemnités journalières sans intégrer leurs charges fixes, qui continuent de tomber pendant un arrêt. Or le régime obligatoire verse des indemnités plafonnées et limitées dans le temps, très en dessous du revenu d’un cabinet actif. L’écart se comble avec un contrat de prévoyance choisi en fonction de ses vrais chiffres, pas d’une estimation au jugé.

Un stéthoscope posé sur un bureau de médecin avec des documents comptables

Le sujet se traite d’abord avec une calculatrice, avant de se traiter avec un assureur. Un infirmier, une sage-femme ou un kinésithérapeute connaît souvent son chiffre d’affaires au mois près, mais beaucoup moins ce qu’il lui resterait si son activité s’arrêtait du jour au lendemain. Pour les praticiens qui veulent remettre à plat leurs garanties, un site comme Assurance Sante Libérale rassemble les questions de prévoyance, de RC pro et d’assurance du cabinet propres aux soignants libéraux. Voici comment raisonner avec ses comptes sous les yeux.

Que verse vraiment le régime obligatoire en cas d’arrêt de travail ?

Depuis le 1er juillet 2021, les praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés perçoivent des indemnités journalières de l’Assurance maladie à partir du 4e jour d’arrêt, pendant 90 jours au maximum. Au-delà, c’est leur caisse de retraite professionnelle (CARMF pour les médecins, CARPIMKO pour une partie des auxiliaires médicaux, par exemple) qui prend le relais, selon ses propres règles.

Ce dispositif a constitué un progrès, puisque les trois premiers mois n’étaient jusque-là pas couverts pour beaucoup de professions. Mais il présente des limites qu’un expert-comptable repère vite :

  • Un délai de carence : les trois premiers jours ne sont pas indemnisés.
  • Un plafond : l’indemnité est calculée sur un revenu plafonné, ce qui pénalise les cabinets dont les revenus sont élevés.
  • Une base de calcul sur le revenu, pas sur le chiffre d’affaires : les charges du cabinet ne sont pas prises en compte.
  • Des règles différentes selon la caisse après le 90e jour, avec des montants et des délais qui varient d’une profession à l’autre.

Le vrai trou : les charges qui continuent de courir

C’est ici que la sous-estimation est la plus fréquente. Pendant un arrêt, un cabinet ne s’arrête pas comptablement. Le loyer reste dû, le crédit du matériel aussi, tout comme l’abonnement au logiciel métier, l’expert-comptable, la ligne téléphonique ou la rémunération d’un éventuel secrétariat.

Prenons un exemple simplifié, sans chiffres réels, pour visualiser la logique :

Poste Pendant l’activité Pendant un arrêt
Recettes du cabinet Normales Nulles ou quasi nulles
Loyer, crédit, abonnements Payés sur les recettes Toujours dus
Cotisations sociales Calculées sur le revenu Régularisées plus tard, parfois sur l’année précédente
Revenu personnel Bénéfice du cabinet Indemnités journalières plafonnées

Le décalage des cotisations sociales est un piège classique : les appels de l’URSSAF et de la caisse de retraite reposent sur des revenus passés, si bien qu’un praticien en arrêt peut recevoir des échéances calculées sur une année pleine d’activité.

Pourquoi distinguer revenu et frais généraux ?

Parce que ce sont deux garanties différentes. Les indemnités journalières d’un contrat de prévoyance visent à maintenir le revenu personnel. La garantie « frais généraux » rembourse, sur justificatifs et dans une limite fixée au contrat, les charges fixes du cabinet. Un praticien qui ne souscrit que la première peut se retrouver à utiliser ses indemnités pour payer son loyer professionnel, ce qui revient à ne pas être couvert.

Les autres risques que la prévoyance doit couvrir

L’arrêt de travail court n’est que la partie la plus visible. Un contrat complet traite aussi :

  • L’invalidité, totale ou partielle, avec une question décisive : l’invalidité est-elle appréciée par rapport à votre profession ou par rapport à n’importe quelle activité ? Pour un chirurgien-dentiste ou un kinésithérapeute, la nuance change tout.
  • Le décès, avec un capital ou une rente pour le conjoint et les enfants, et parfois le remboursement d’un emprunt professionnel.
  • Les exclusions, notamment pour les affections du dos ou les troubles psychiques, qui figurent parmi les causes d’arrêt fréquentes dans les métiers du soin et qui sont parfois couvertes seulement sous conditions.

Le cas des ergothérapeutes illustre bien ces enjeux : profession très physique, exercée souvent au domicile des patients ou en déplacement, avec un risque réel de troubles musculo-squelettiques. Les points à vérifier dans une assurance ergothérapeute portent autant sur la prévoyance et la définition de l’invalidité que sur la responsabilité civile professionnelle.

Comment intégrer la prévoyance dans sa gestion ?

Pour un praticien relevant des bénéfices non commerciaux et imposé selon le régime de la déclaration contrôlée, les cotisations d’un contrat de prévoyance « Madelin » peuvent, dans certaines limites, être déduites du bénéfice imposable (article 154 bis du Code général des impôts). La garantie frais généraux, de son côté, est en principe une charge du cabinet. Les plafonds et conditions évoluent : votre expert-comptable reste le bon interlocuteur pour vérifier ce qui s’applique à votre situation.

Quelques réflexes de gestion permettent d’éviter la sous-assurance :

  • Faire le point sur ses charges fixes mensuelles réelles, à partir de la dernière liasse fiscale.
  • Vérifier la franchise du contrat et la comparer à sa trésorerie disponible : une franchise longue n’a de sens que si le cabinet peut tenir pendant cette durée.
  • Réviser les montants garantis quand le revenu progresse, notamment après les premières années d’installation.
  • Relire les exclusions et la définition de l’invalidité avant de signer, pas au moment du sinistre.

Pour comparer les garanties par profession et repérer ce qui manque dans un contrat existant, Assurance-Sante-Liberale.fr présente les besoins spécifiques des soignants libéraux. L’exercice prend une heure avec ses comptes ouverts, et il évite de découvrir, au premier arrêt long, que le cabinet ne tient que quelques semaines.